Il a filmé ce qu'on lui demandait de déverser dans le crassier. Licencié, relaxé de menaces, il se bat depuis pour faire reconnaître son alerte.
Karim Ben Ali
Il a filmé ce qu'on lui demandait de déverser dans le crassier. Licencié, relaxé de menaces, il se bat depuis pour faire reconnaître son alerte.
✦ Présentation
Karim Ben Ali est chauffeur de poids lourds depuis l'âge de 19 ans. Intérimaire pour Suez RV Osis Industrial Cleaning, sous-traitant d'ArcelorMittal Florange (Moselle), il transporte des matières corrosives, dont de l'acide chlorhydrique en solution. Il explique que sa mission consistait à charger ce liquide et à le déverser dans le crassier de Marspich, près d'Hayange, plutôt que de l'envoyer en recyclage, pour une « question de pognon ».
En décembre 2016, il se filme en train de déverser un liquide d'une couleur fluorescente qu'il présente comme de l'acide. Il affirme avoir agi ainsi pendant trois mois, à raison d'un à deux chargements de 28 m³ par jour, avec la complicité de salariés d'ArcelorMittal, les bons de livraison n'indiquant pas qu'il s'agissait d'acide. Les vidéos sont diffusées et reprises par la presse nationale début juillet 2017.
ArcelorMittal dément tout ordre de déversement et dit qu'aucun acide pur n'a été rejeté. Le contrat d'intérim de Karim Ben Ali n'est pas renouvelé. Des cagnottes de soutien sont lancées par des internautes. Il se retrouve sans emploi, au RSA, avant d'être soutenu par un comité de soutien et par des élus.
📅 Chronologie du combat
La vidéo
Karim Ben Ali se filme en train de déverser un liquide vert fluorescent dans la boue du crassier de Marspich, pour dénoncer les pratiques qu'il dit imposées par ArcelorMittal Florange et son sous-traitant.
L'alerte devient publique
Le témoignage est diffusé et relayé par toute la presse nationale. La date exacte varie selon les sources (« 8 juillet » pour l'une, « juin 2017 » pour l'AFP). Il parle de trois mois de déversements, à raison de 28 m³ une à deux fois par jour. Le parquet de Thionville ouvre une enquête pour atteinte à l'environnement et la Dreal vérifie la traçabilité des déchets.
Dénégations d'ArcelorMittal
Le groupe affirme n'être pas à l'origine de déversements irréguliers et assure qu'aucun acide pur n'a été déversé. Il lance une enquête interne et dépose plainte contre X pour diffamation. Michel Liebgott, président de la communauté d'agglomération du Val de Fensch, estime pour sa part qu'il y a bien eu des déversements, d'ampleur inconnue.
Contrat d'intérim non renouvelé
Menacé de perdre son emploi, il perd finalement sa mission. Deux cagnottes sont lancées par des internautes.
Conclusions de l'enquête du parquet
L'enquête conclut que le produit déversé sur le crassier venait d'une cuve de stockage d'eaux usées de la ligne de décapage et de régénération d'acide, et qu'il n'y avait pas de pollution du crassier. Le crassier avait vocation, selon un arrêté préfectoral, à accueillir les boues d'hydroxyde de fer et non les eaux usées.
Poursuite pour menaces
Karim Ben Ali est poursuivi pour des menaces proférées à l'encontre de l'entreprise. Il doit comparaître le 20 février devant le tribunal correctionnel de Thionville. En parallèle, une enquête préliminaire pour « blessures involontaires » est ouverte après sa plainte, déposée par ses avocats William Bourdon et Vincent Brengarth. Il dit conserver de lourdes séquelles physiques et psychologiques.
Relaxe pour les menaces
Le tribunal de Thionville le relaxe.
Procès d'ArcelorMittal Florange
La procureure Christelle Dumont requiert 50 000 € d'amende pour « gestion irrégulière des déchets » et exploitation d'une installation classée sans autorisation, en soulignant que la lagune n'est pas conforme depuis 2015. Le tribunal relaxe le site trois mois après l'audience. Quatre associations environnementales avaient demandé à être reconnues comme victimes.
Annulation des poursuites en appel
La cour d'appel de Metz annule toutes les poursuites contre ArcelorMittal Florange pour une question de droit : la société poursuivie, ArcelorMittal Atlantique Lorraine, avait fusionné avec ArcelorMittal France le 1er juillet 2019. Selon la presse économique, cela ne signifie pas pour autant que le groupe est relaxé.
⚠ Où en est-on aujourd'hui ?
Une alerte contestée sur le fond, une situation personnelle précaire.
Karim Ben Ali se présente comme le « premier lanceur d'alerte ouvrier du pays » et affirme avoir payé très cher son geste : perte d'emploi, difficultés financières, séquelles. Son cas a été évoqué à l'Assemblée nationale par le député Michel Larive (La France insoumise) lors d'une question au gouvernement sur la protection des lanceurs d'alerte, l'élu évoquant un intérimaire « qui subit les affres du désespoir ».
À vérifier avant publication : l'issue de l'enquête pour « blessures involontaires », d'éventuels recours devant les prud'hommes, sa situation actuelle (emploi, santé, statut juridique de lanceur d'alerte) et la date de l'arrêt de la cour d'appel de Metz.
Deux lectures des faits. Pour Karim Ben Ali et ses soutiens, il a déversé de l'acide à la demande d'ArcelorMittal et de son sous-traitant. ArcelorMittal soutient qu'il n'y a pas eu d'acide pur et que la coloration jaune des boues vient de la teneur en fer et en chlorure. L'enquête du parquet a conclu que le produit était issu d'eaux usées de la ligne de décapage et de régénération d'acide, sans pollution du crassier, et le tribunal a relaxé l'entreprise, tout en jugeant que le site ne respectait pas la réglementation sur la lagune d'après la procureure. Cette fiche rapporte ces éléments sans trancher.
🎬 Reportages et documents
« Karim : ouvrier, lanceur d'alerte, viré »
Reportage vidéo de 8 minutes de Reporterre, qui suit son parcours après l'alerte.
ReporterreTémoignage vidéo d'origine
Vidéo « J'ai déversé de l'acide d'ArcelorMittal Florange dans la nature », reprise par les médias.
Paris Match Belgique🏅 Engagements & influence
🌿 Environnement
Alerte sur des rejets industriels dans un crassier, relayée par des associations de protection de l'environnement.
👷 Droit des travailleurs
Cas cité comme exemple d'un lanceur d'alerte ouvrier et précaire, exposé aux représailles.
🤝 Soutiens
Cagnottes d'internautes, comité de soutien, avocats William Bourdon et Vincent Brengarth, élus.
🏛 Parlement
Évoqué lors d'une question au gouvernement sur la protection des lanceurs d'alerte à l'Assemblée nationale.
🔗 Liens utiles
- 🎙 Reporterre – Karim : ouvrier, lanceur d'alerte, viré
- 📰 Paris Match Belgique – Les internautes se mobilisent
- 📰 Paris Match Belgique – Selon ArcelorMittal, pas d'acide pur déversé
- 📰 Paperjam – ArcelorMittal serein face aux accusations
- 📰 Paperjam – Aucun acide déversé, assure ArcelorMittal
- 📰 Europe 1 – Enquête ouverte pour « blessures involontaires »
- 📰 AFP / L'Info Durable – ArcelorMittal relaxé
- 📰 Paperjam – ArcelorMittal relaxé
- 📰 Le Journal des Entreprises – La justice annule les poursuites contre ArcelorMittal Florange
- 🏛 Assemblée nationale – Question au gouvernement n° 352 (protection des lanceurs d'alerte)
- 🏛 DREAL (organisme de contrôle des installations classées)
Fiche établie en octobre 2026. Sources : Reporterre, AFP, Europe 1, Paris Match Belgique, Paperjam, Le Journal des Entreprises, Assemblée nationale.
Mise à jour : octobre 2026