Valérie Murat est la fille d'un viticulteur du Bordelais, décédé en 2010 d'un cancer du poumon reconnu comme maladie professionnelle. Elle est convaincue que les pesticides que son père a longtemps utilisés sont en cause. Après sa mort, elle crée en 2016 l'association Alerte aux Toxiques !, dont elle est la porte-parole, pour dénoncer l'usage des pesticides et défendre une agriculture respectueuse de la santé et de l'environnement.
Valérie Murat
Fille d'un viticulteur mort d'un cancer, elle a fait analyser des vins labellisés HVE. Condamnée pour dénigrement, elle dénonce une procédure-bâillon.
✦ Présentation
Valérie Murat est la fille d'un viticulteur du Bordelais, décédé en 2010 d'un cancer du poumon reconnu comme maladie professionnelle. Elle est convaincue que les pesticides que son père a longtemps utilisés sont en cause. Après sa mort, elle crée en 2016 l'association Alerte aux Toxiques !, dont elle est la porte-parole, pour dénoncer l'usage des pesticides et défendre une agriculture respectueuse de la santé et de l'environnement.
En 2020, l'association s'attaque au label HVE (Haute valeur environnementale), censé garantir des pratiques vertueuses. Elle fait analyser 22 bouteilles de vins labellisés ou présentés comme respectueux de l'environnement, dont 19 de Bordeaux. Les analyses révèlent des résidus de pesticides de synthèse, avec, dans neuf vins, au moins un fongicide de la famille des SDHI. Elle publie les résultats sur le site de l'association, et les grands médias s'en emparent.
Le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) et plusieurs acteurs de la filière lui reprochent une communication « anxiogène » et l'attaquent en justice pour dénigrement. Elle y voit une tentative de la faire taire.
📅 Chronologie du combat
Décès de son père
Viticulteur, il meurt d'un cancer du poumon reconnu comme maladie professionnelle.
Création d'Alerte aux Toxiques !
Elle fonde l'association pour informer sur les pesticides et défendre les victimes.
L'étude sur les vins HVE
Analyse de 22 vins : traces de pesticides de synthèse, dont des SDHI dans neuf d'entre eux. L'association pointe les limites du label HVE.
Plainte du CIVB
Le CIVB et 26 autres plaignants l'attaquent pour « dénigrement collectif à l'égard de la filière ».
Condamnation à Libourne
Le tribunal de Libourne (Gironde) la condamne ainsi que l'association : 100 000 € au CIVB et 25 003 € aux autres plaignants, soit 125 000 € au total. Elle annonce faire appel.
Appel non suspensif et demande de radiation
L'appel n'étant pas suspensif, elle commence à payer par mensualités. Les plaignants demandent la radiation de son appel. Une audience de mobilisation est organisée à la cour d'appel de Bordeaux le 13 octobre 2021 avec le soutien de Générations Futures et de chercheurs.
Obligation de réunir 143 000 € pour faire appel
Au dépôt de l'appel, le conseiller de la mise en état impose à Valérie Murat et à l'association de réunir la somme et de garder le silence. Après une campagne de financement qui a rassemblé 2 852 dons, elles obtiennent le droit de faire appel.
Contester la qualification de « dénigrement »
L'objectif de l'appel est de faire requalifier l'affaire en diffamation, et non en dénigrement, pour bénéficier des protections de la loi sur la presse.
⚠ Où en est-on aujourd'hui ?
Une affaire emblématique des « procédures-bâillons » (SLAPP).
Pour Valérie Murat, la condamnation vise à dissuader d'autres citoyens de parler. Elle est soutenue par des parlementaires et des associations, ainsi que par des organisations européennes comme l'Institut pour l'environnement de Munich. Une affaire comparable, celle de l'application Yuka, a fini par tourner en faveur de l'appelante.
À vérifier avant publication : la date et le contenu de l'arrêt de la cour d'appel de Bordeaux, les éventuels pourvois, l'état de la cagnotte et les initiatives récentes d'Alerte aux Toxiques !.
Un dossier contesté. Le CIVB soutient que les quantités de pesticides relevées étaient infimes, « entre 60 et 5 000 fois en dessous des limites autorisées par la réglementation française », et reproche à l'association une communication « sans aucune explication sur le mode de dangerosité d'une substance, ni sur les taux constatés ». Son directeur estime que des slogans comme « Qui boit du vin de Bordeaux risque sa vie » dépassent la liberté d'expression. Valérie Murat dénonce, elle, une atteinte au droit de critique. Cette fiche rapporte les deux positions sans trancher.
📚 Publications et actions
Rapport d'analyses « Vins HVE »
Étude d'Alerte aux Toxiques ! sur les résidus de pesticides dans 22 vins, publiée sur le site de l'association.
Alerte aux Toxiques !Campagne contre les procédures-bâillons
Appels à mobilisation, pétitions et collecte de fonds pour financer l'appel et défendre le droit de critique.
Reporterre🏅 Engagements & influence
🍷 Santé et viticulture
Mise en cause du label HVE et de l'usage des fongicides dans la filière viticole.
⚖ Liberté d'expression
Cas cité dans le débat européen sur les procédures-bâillons visant les lanceurs d'alerte.
🤝 Soutiens
Générations Futures, chercheurs de l'Inserm, vignerons bio, élus et ONG européennes.
📣 Médias
Reportages dans Reporterre, Que Choisir et la presse internationale du vin.
🔗 Liens utiles
- 🌐 Alerte aux Toxiques ! – Site de l'association
- 📰 Reporterre – Une lanceuse d'alerte réduite au silence
- 📰 Reporterre – Condamnée à payer 125 000 euros
- 📰 Que Choisir – Enquête « Vin : comme une odeur de vinaigre »
- 📄 Générations Futures – Appel à mobilisation du 13 octobre 2021 (PDF)
- 🌍 Business & Human Rights Resource Centre – Dossier SLAPP
- 🌍 Institut pour l'environnement de Munich – Appel de solidarité (anglais)
- 🌍 GreenMe – « La storia di Valérie Murat » (italien)
- 🏛 CIVB – Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (position de la filière)
Fiche établie en octobre 2026. Sources : Reporterre, Que Choisir, Générations Futures, Business & Human Rights Resource Centre, Institut pour l'environnement de Munich, GreenMe.
Mise à jour : octobre 2026