Mouvement lycéen · automne 2026
Lycéens : ils réclament des profs, on leur répond par des grenades
Classes surchargées, profs absents, bâtiments moisis, pression de Parcoursup : les lycéens réclament le minimum. La réponse a été des milliers d'interpellations et des blessés graves. Cet article rassemble les faits, les vidéos, les ressources et des conseils pour se protéger.
Ce qui se passe
Le mouvement démarre le 21 septembre 2026 au lycée Saint-Exupéry de Créteil, où élèves, parents et profs se rassemblent pour demander plus de moyens. En quelques jours, des centaines de lycées sont touchés. Le 29 septembre, plus de 400 lycées sont concernés. Le 6 octobre, pour l'« acte III », les organisateurs annoncent 450 000 manifestants et les autorités 250 000.
- 6 629 interpellations annoncées par le ministre de l'Intérieur au 7 octobre (TF1 Info)
- 85 % de mineurs parmi les personnes interpellées (Amnesty)
- 1 793 gardes à vue en quatre jours selon le ministère de la Justice (L'Union)
- 10+ enquêtes de l'IGPN en cours au 6 octobre (franceinfo)
Des revendications légitimes
D'après Amnesty et RTL, les lycéens demandent :
- des moyens supplémentaires pour l'éducation et plus d'enseignants, avec des postes pourvus et des profs absents remplacés ;
- des classes moins chargées et des emplois du temps moins lourds ;
- des bâtiments décents et salubres (murs effondrés, rats, moisissures, salles à 39 °C avec un ventilateur pour 37 élèves) ;
- des infirmières scolaires, des assistants sociaux et des surveillants (AED) en nombre suffisant ;
- une réforme du fonctionnement de Parcoursup.
Les élèves le disent eux-mêmes. Shaïna, 16 ans, en terminale à Le Blanc-Mesnil : « Ça fait trois ans que ça va mal ». Elle ajoute que certains passent le bac sans professeur principal. Ce ne sont pas des caprices : ce sont des droits (éducation, expression, réunion pacifique).
Le Café pédagogique et Le Nouvel Obs détaillent ce que les lycéens disent, et pourquoi les syndicats les soutiennent.
La répression en 8 faits
- 28 septembre, Saint-Ouen-l'Aumône (95) : Eden, 14 ans, reçoit au visage un projectile tiré par un policier. Selon son avocate, il a une double fracture de la mâchoire. Le policier a ensuite été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. Le Défenseur des droits s'est saisi.
- 29 septembre, Alençon (61) : une lycéenne de 14 ans est attrapée au cou par un policier devant son lycée. Elle raconte : « Je le suppliais de me lâcher parce que je n'arrivais plus à respirer ».
- 30 septembre, Tours (37) : un lycéen est gravement blessé à l'œil. L'IGPN est saisie après un possible tir de LBD.
- 5 octobre, Lens (62) : un lycéen de 15 ans a la main arrachée par l'explosion d'une grenade. Les versions divergent sur l'origine : selon une source syndicale policière, il aurait voulu la ramasser. L'IGPN enquête.
- Belfort (90) : une vidéo virale montre un commandant de police aux prises avec un lycéen dans un cours d'eau. Deux versions s'opposent (interpellation ratée ou tentative de noyade), et une enquête a été ouverte. Le policier a, lui, été violemment frappé par des jeunes, ce qui a conduit à deux mises en examen.
- Troyes (10) : une voiture de police banalisée fonce vers de jeunes manifestants. La préfecture parle d'une « séquence isolée de son contexte ».
- Arrêtés d'interdiction : le Syndicat des avocats de France a obtenu l'annulation d'arrêtés interdisant les manifestations.
- Tribune : 52 avocats dénoncent une répression disproportionnée : « Nous ne pouvons supporter que nos jeunes soient meurtris, enfermés et réduits au silence ».
Côté gouvernement, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez défend des interventions menées « avec proportionnalité », et le ministère refuse de retirer les armes de force intermédiaire. Le Premier ministre affirme avoir donné des « instructions de proportionnalité ». C'est précisément ce que les vidéos ci-dessous permettent de vérifier.
Les vidéos à regarder
Voici 12 séquences qui ont circulé, avec les pages qui les hébergent ou les analysent. Filmer est un droit, et c'est la meilleure arme contre l'impunité. Mais une vidéo montre un moment, pas tout le contexte : lisez aussi la version des autorités.
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Lens : la main d'un lycéen arrachée par une grenade (5 oct. 2026)
Le son de l'explosion et les images de l'après. Versions contradictoires, IGPN saisie.
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Belfort : le lycéen dans le ruisseau (2 oct. 2026)
Une séquence, deux lectures. À voir en connaissant les deux versions.
Voir : 20 minutes (vidéo) · Le Monde (vidéo) · Contre-Attaque
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Troyes : une voiture de police dans la foule, gaz à l'intérieur (2 oct. 2026)
Les policiers vident leurs bombes lacrymogènes depuis l'habitacle, selon franceinfo.
Voir : France 3 · L'Est-Éclair
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Alençon : une lycéenne de 14 ans attrapée au cou (29 sept. 2026)
Filmée par une journaliste de l'Orne Hebdo, la scène est devenue virale.
Voir : La Dépêche · France 3 · Amnesty
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Tours : un lycéen assis au sol, l'œil en sang (30 sept. 2026)
Vidéo largement relayée ; les caméras-piétons doivent être analysées.
Voir : Libération · franceinfo · Contre-Attaque
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Saint-Ouen-l'Aumône : le tir au visage (28 sept. 2026)
Scène filmée sous plusieurs angles, authentifiée par France Télévisions selon franceinfo.
Voir : franceinfo · RMC / BFMTV · Contre-Attaque
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Le JT de France 2 : grenades, LBD, techniques policières (6 oct. 2026)
Reportage de 2 min 35 sur les armes utilisées, avec la réponse de la police.
Voir : franceinfo
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Voitures béliers contre des lycéens : 7 cas recensés (7 oct. 2026)
Compilation de vidéos par Contre-Attaque, à lire en regard de la version des préfectures.
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Un lycéen interpellé devant son lycée, grève du 2 octobre (2025)
Images de l'intervention des forces de l'ordre devant un lycée.
Voir : Ouest-France
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Lycée Saint-Just, Lyon : un blocus violemment dispersé (mars 2025)
Signalement documenté sur la base de violences policières.
Voir : violencespolicieres.fr
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Mantes-la-Jolie : 151 jeunes à genoux, mains sur la tête (6 déc. 2018)
Les images, filmées par un policier, ont choqué le pays. L'enquête s'est terminée par un non-lieu en avril 2025.
Voir : Le Monde · RTL · franceinfo (dossier vidéos)
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Lycée Bergson, Paris : un lycéen de 15 ans frappé (24 mars 2016)
Le policier a été condamné à huit mois avec sursis : une preuve qu'une vidéo peut changer l'issue d'une affaire.
Voir : franceinfo · TF1 Info (2 vidéos)
Rappels historiques
Ce n'est pas la première fois. En 2016, le lycéen de Bergson frappé en plein blocus. En 2018, les 151 jeunes de Mantes-la-Jolie : un juge a enquêté sur des accusations de « torture par personne dépositaire de l'autorité publique », mais l'affaire a fini par un non-lieu en avril 2025, la justice invoquant des « circonstances exceptionnelles ». Après les journées des 10 et 18 septembre 2025, Le Monde documentait déjà des violences policières contre des lycéens. À Tours, des lycéens se disaient « choqués et traumatisés ». Le schéma se répète : images, indignation, enquêtes, et trop souvent des suites judiciaires limitées : le dossier de Mantes-la-Jolie s'est clos par un non-lieu, alors que celui de Bergson a débouché sur une condamnation.
Contre-Attaque et les autres
Contre-Attaque
C'est un média indépendant, pas une association au sens strict.
Il a été créé en 2012 à Nantes sous le nom de Nantes Révoltée,
et s'appelle
Contre Attaque
depuis 2022. Il dit fonctionner sans pub ni subventions.
Il a couvert le mouvement lycéen au jour le jour :
l'État déchaîne sa violence contre la jeunesse,
ceci est un soulèvement de la jeunesse,
ne pas relâcher la pression face à la répression.
Rubriques à suivre :
violences policières
et
vidéos.
C'est un média engagé : lisez-le comme tel, en croisant avec
d'autres sources. Contact :
Les structures qui défendent les droits
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Union syndicale lycéenne (USL)
La principale organisation lycéenne, à l'origine des appels à mobilisation. Présentation. -
LDH
Fiches « droits en manifestation », « droits en garde à vue », guide juridique : Défendre nos droits face à la police. -
Amnesty France
Guide pour les moins de 18 ans : Manifester en France, tout savoir sur tes droits. -
Observatoires des pratiques policières
Outils et documents · Observatoire girondin des libertés publiques. -
Syndicat des avocats de France
A fait annuler des arrêtés d'interdiction : voir l'article. -
Attac
Lycées mobilisés : des moyens pour étudier, pas la police pour réprimer. -
Défenseur des droits
Autorité indépendante, saisie dans l'affaire de Saint-Ouen-l'Aumône : FAQ et saisine. -
IGPN
Signalement officiel d'un comportement policier : service-public.fr · plateforme.
Conseils pour les lycéens en manif
Avant de partir
- Prévenez une personne de confiance et gardez sur vous une pièce d'identité, le numéro d'un proche, les numéros d'urgence (15 Samu, 18 pompiers) et les coordonnées d'un avocat.
- Vérifiez que la manifestation n'est pas interdite, regardez le parcours, et convenez d'un point de ralliement si le groupe est séparé.
- Informez-vous sur l'organisation qui appelle : USL, syndicats, collectifs de lycée.
- Ne venez pas seul si vous pouvez l'éviter.
Pendant
- Restez attentif aux mouvements de foule et éloignez-vous si la situation dégénère.
- Ne ramassez ni ne repoussez jamais une grenade : elle peut provoquer des blessures graves. C'est le sujet de l'affaire de Lens.
- Ne portez rien qui puisse blesser (billes, bâtons, boules de pétanque) : cela peut suffire à justifier une interpellation.
- Lunettes et écharpes de protection sont autorisées, mais sans dissimuler le visage, et un arrêté préfectoral peut les interdire.
- Vous pouvez filmer les forces de l'ordre : cela peut servir de preuve. Notez l'heure, le lieu, et si possible le numéro RIO des agents.
- Restez groupés, entre amis ou avec un syndicat. Évitez les gens qui cherchent la casse : un syndicat de commissaires l'a même écrit dans un guide pour lycéens (« Le cagoulé à côté de toi n'est pas ton allié »).
Si vous êtes interpellé
- Ne vous débattez pas : s'opposer aggrave la situation et peut mener à des poursuites pour outrage ou rébellion.
- Donnez votre identité, puis gardez le silence sur les faits et attendez votre avocat. Un mineur peut avoir un avocat choisi par ses parents ou commis d'office. Les parents sont prévenus.
- Durées de garde à vue pour les mineurs selon L'Union : 24 h pour les 13-16 ans, 24 h renouvelable une fois pour les 16-18 ans. Moins de 13 ans : « retenue » de 12 h maximum.
- Relisez le procès-verbal avant de signer, et ne signez pas s'il ne reprend pas fidèlement ce que vous avez dit.
- Avant de répondre sur votre téléphone, demandez à parler à votre avocat.
Si vous êtes victime ou témoin de violences
- Allez voir un médecin ou les urgences et faites établir un certificat médical.
- Conservez les vidéos et photos, notez les témoignages (nom, contact).
- Saisissez un avocat, la Défenseure ou le Défenseur des droits et l' IGPN. Documenter est essentiel : à Bergson, c'est une vidéo qui a mené à une condamnation.
- Contactez un observatoire des pratiques policières ou la LDH.
Non possumus : nous ne pouvons pas nous taire.
Lire, voir, relayer
- Dossier Mediapart : Rentrée 2026, la colère lycéenne
- France 3 Régions : suivi du blocage des lycées
- franceinfo : le direct sur le blocage des lycées
- Amnesty : des mineurs face à la répression
- Guide de la LDH : Manifester, nos droits (PDF)
- CIDJ : droit de manifester, ce que peuvent faire les lycéens
Note de méthode : les chiffres et faits cités proviennent des médias et organisations liés ci-dessus et peuvent évoluer, notamment les bilans et les enquêtes en cours. Les informations juridiques sont générales et ne remplacent pas l'avis d'un avocat.